On a visité le cimetière des animaux d’Asnières-sur-Seine et c’était bien

On a visité le cimetière des animaux d’Asnières-sur-Seine et c’était bien

Dans une bourgade enjambée par le pont de Clichy, il existe, sur une ancienne île dont le bras a été comblé, un temple de la mort dédié à nos copains les bêtes. C’est le cimetière des animaux d’Asnières-sur-Seine, un endroit épatant qui rappelle les heures les plus sombres de 30 millions d’amis et dont la visite vous donnera envie d’adhérer au Front National juste pour pouvoir embrasser Brigitte Bardot sur les deux joues et lui lécher la chatte.

Ce lieu est insolite, d’abord parce qu’il s’inscrit dans une longue histoire. Créé en 1899 par la journaliste Marguerite Durand et l’écrivain Georges Harmois, c’est le premier cimetière animalier à être sorti de terre. L’architecte parisien Eugène Petit en a réalisé le portail, dans un style Art nouveau qui ferait passer ton immeuble d’habitation pour un kiosque à musique. A l’entrée s’élève un monument funéraire à la gloire du célèbre Barry, un épagneul des Alpes qui aurait secouru quarante péquins perdus dans la neige, mais serait mort abattu par le quarante-et-unième qui l’aurait confondu avec un loup. La vie ne fait pas de cadeau.
 

Votre âme vient d’être aspirée.

 


Le cimetière d’Asnières-sur-Seine est au règne animal ce que le Père Lachaise est au vedettariat funéraire. Il accueille plus de mille-deux-cents nécropoles animalières : chats, chiens, oiseaux, lapins, hamsters, poissons, chevaux et même quelques singes de compagnie. Il sert de sépulture à des animaux Stars et à des animaux de Stars. On y trouve les dépouilles de Rintintin, le valeureux héro du feuilleton éponyme ; de Kroumir, le chat du journaliste dramaturge Henri de Rochefort ; mais aussi les animaux domestiques de Camille Saint-Saëns, de Courteline ou de Sacha Guitry. Pour une raison mystérieuse, le cimetière est souvent visité par des chats errants nourris par les vieilles dames en balade. Attention où tu marches cependant, car ces petits ingrats se soulagent dans les allées.
 


Le cimetière des animaux réussit à produire chez ses visiteurs trois sentiments contradictoires. Cette overdose commémorative d’amour provoque le malaise, tout en étant émouvante, mais en restant glauque. Les tombes sont abondamment fleuries; certaines ornées de photographies décolorées par le temps, de guirlandes en plastique ou de bibelots kitsch. Quelques stèles ont été sculptées en forme d’animaux dans un style nain de jardin inimitable ou accueillent des épitaphes longues comme le casier judiciaire d’Emile Louis. Quoi qu’il en soit, tous ces monuments funéraires témoignent de l’affection des maîtres pour leurs compagnons à quatre pattes.

Nous avons visité cet endroit capable de réécrire à lui tout seul L’Esthétique de la laideur de Karl Rosenkranz. Voici nos photos.

 

Chez les vieilles femmes, le chien remplace l’enfant.
 

Elle manque Ulla.
 

You're In the club and vatel slaps your girlfriend's ass. What do u do?

 

Et dire que certains humains n’ont même pas de second prénom.
 

Ce Chihuahua a un faux air de Chewbacca.

 

Metoo, Sephora a-t elle l’air de dire.

 

Nous venons d’échapper à un dérapage zoophile.
 

C’est tellement immonde que c’est beau.
 

Ce chien a un nom d’acteur porno.
 

Une tombe pour un rongeur !?

 

Les pierres, c’est pour éviter qu’il ne s’enfuit.

 

Plaisir de nuire. Joie de décevoir.

 

C’est trop d’animaux pour une seule tombe.

 

J’aimerais la même épitaphe svp.

 

Je vous présente Kiki, le singe de compagnie.

 

Cette stèle repousse le seuil de l’Enfer esthétique.

 

Le 15 mai 1948, un chien perdu est venu mourir aux portes du cimetière. On lui érigea un monument car il était le quarante millième client de cette vénérable institution. Contrairement à ce petit veinard : 
 

« Si vous souhaitez enterrer votre animal de compagnie, une concession vous coûtera pas moins de cent seize euros par mois et jusqu’à trois mille neuf cent deux euros pour vingt ans » (source).


Il faut aussi prévoir l’inhumation (soixante dix euros) et la pierre tombale : mille euros pour les plus sobres, mais il y a des œuvres monumentales, comme le mausolée de Tispy, caniche d’une riche américaine dont la tombe a été profanée parce qu’elle renfermait un collier en diamant d’une valeur de neuf mille euros. Le cadavre de la pauvre bête fut découvert le lendemain posé sur le sol.

 

Photos et vidéo : Edgar Morray. Texte : Gâche-Noël.

Du même auteur