Christine Boistard, le fond de poubelle de Facebook

Christine Boistard, le fond de poubelle de Facebook
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Gestionnaire de communauté ou CM, l'abrégé de community manager, est un métier de stagiaire consistant à animer et à fédérer des communautés de gogoles sur Internet. Le cœur de la profession réside à être la plus grosse salope possible afin d'attirer le maximum de likes ou d'abonnés. Dans le CM game, il y a un gagnant. Il a décroché tous les trophées du championnat. Il s'agit du maître se cachant derrière le profil fake de Désirée Morin. Chacun de ses posts relève du génie et récolte un reach qui ferait bander MinuteBuzz. Mais ce n'est pas mon chouchou. Mon coup de coeur revient à l'incroyable personne animant le profil de Christine Boistard. Comment en effet ne pas vouer un culte au créateur de cette punchline :

"Je vais transférer des photos de mon vagin à tous ceux qui cliquez sur j'aime et commentez"

La promesse est inégalable. Le tout posé sur des photos volées à des coquines russes ou des fitness pouffes. Le malaise est total quand le mec commence à être en roue libre :

 

On touche les étoiles. La question est : pourquoi de tels profils ? La réponse n'est pas si simple. Elle fait même l'objet de débat. M'est d'avis que ça tourne autour du pognon. En effet, en attirant tout un tas de pigeons (et ils se comptent en dizaines de milliers) le faux profil créé gagne petit à petit en reconnaissance et multiplie les abonnés. Bref, il pèse et ce grâce à une communauté constituée principalement de poètes :

 

 

Une fanbase si désireuse de partager son amour en alexandrins se monnaye. Comptez 19$ pour 1000 followers. Un profil comme celui de Christine Boistard doit donc se revendre entre 300 et 400$. Une fois qu'il atteint un niveau de popularité assez conséquent il peut servir de pont vers d'autres faux profils, comme celui de Béatrice Boistard. En multipliant ainsi la création de ces faux profils, ces CM de l'espace, travaillant généralement pour des entreprises comme acheterdesfans ou followerspascher, créent un maillage entre des communautés pouvant être revendues à des clients désireux de lancer un profil avec une audience déjà existante. Ce système fonctionne également avec des pages FB, des comptes Twitter ou Youtube. Sur tous les réseaux sociaux en fait.

L'existence de faux profils est une verrue que Facebook (ainsi qu'Instagram) essaient d'éradiquer depuis fort longtemps. En mars 2015 Mark et sa bande ont entamé un grand ménage. Résultats : des milliers de comptes inactifs et/ou de faux comptes ont disparu, des fanpages ont perdu de nombreux likes. Mais le mal est profond :
 

"En 2012, 8,7% des utilisateurs du réseau social Facebook étaient des faux. En 2014, ils atteignaient 11,2%. Même son de cloche du côté de Twitter, avec 8,5% de faux profils, et Instragram, qui en compte 10%."


Difficile de mettre fin à l'étendue de cette supercherie car il se cache derrière un vrai business de course à la célébrité, même virtuelle, ayant fait la richesse de quelques uns. Aux Philippines, par exemple, le job consistant à fabriquer de faux profils "paie cinq fois mieux qu’un emploi de femme de ménage". Puis quand Facebook supprime des faux profils inactifs (même la DEA s'y est mise), des petites mains recréent pour notre plus grand plaisir des faux profils actifs. En attendant que Markounet leur mette un stop, délectons-nous de ces quelques leçons de gestion de communauté.

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